Histoires · Foi sous la persécution

La cellule n'a pas eu le dernier mot : Richard Wurmbrand et la foi derrière les murs

7 min de lecture environ

persécutés, mais non abandonnés ; abattus, mais non détruits ;2 Corinthiens 4:9 (Persévérance) · SBL

Couloir vide éclairé par une fenêtre ; photographie évoquant l'isolement
Jimmy Chan / Pexels

Une matinée devenue des années

Le 29 février 1948, Richard Wurmbrand partit pour se rendre à l’église à Bucarest. Il n’arriva pas. La police secrète l’intercepta, et le trajet d’un pasteur vers sa communauté devint une disparition. C’est ainsi que le récit conservé par La Voix des Martyrs situe le début de sa captivité. Sa famille ne pouvait mesurer cette absence dès le départ : aucune date de retour n’était annoncée, aucun adieu n’expliquait ce qui venait de se passer. Récit de l’arrestation.

Sabina, son épouse, demeura de l’autre côté d’une incertitude qui constituait elle aussi une violence. Selon ce même témoignage, des informations contradictoires sur le sort de Richard lui parvinrent, jusqu’à des rumeurs de sa mort. Tout en cherchant à savoir où il était, elle continua à prendre soin d’autres personnes. L’histoire ne se déroulait pas seulement dans la cellule : elle avançait aussi dans une maison où quelqu’un manquait, dans une communauté qui avait encore besoin d’aide, dans une attente sans nouvelles fiables.

Pour comprendre la gravité de cette matinée, il faut revenir en arrière. Richard était né dans une famille juive de Bucarest et était devenu chrétien en 1938. Le Mémorial de Sighet documente ses détentions sous le régime d’Antonescu et son aide aux Juifs persécutés. La guerre était terminée, mais la liberté de conscience n’était pas assurée. Un nouveau pouvoir réclamait des obéissances qui atteignaient aussi la vie religieuse. Contexte historique.

Quand personne ne peut vous dire quel jour nous sommes

La Wurmbrand Foundation décrit trois années d’isolement souterrain, sans fenêtres, sans lumière et sans communication avec l’extérieur. Il n’est pas nécessaire d’ajouter des bruits imaginaires, des conversations de gardiens ou des pensées inconnues pour sentir le poids de ce fait. Trois années ne sont pas une nuit difficile. Ce sont des saisons qui passent sans que le prisonnier puisse les voir ; des anniversaires et des conversations familiales dont il est séparé.

L’enfermement voulait réduire son monde, et il le réduisit terriblement. Il y eut torture et privation. La fidélité au Christ ne rendit pas son corps insensible et ne transforma pas la souffrance en expérience désirable. L’institution qui porte son nom se souvient d’un homme frappé et isolé, non d’un personnage invulnérable. Description de la captivité.

Il convient ici de ralentir la lecture. Nous racontons parfois ces vies si vite que nous passons de l’arrestation à la libération en une seule phrase. Pourtant, entre les deux se trouvaient des journées qu’il fallait vivre, non résumer. La foi qui inspire ce récit ne consiste pas à sauter ces journées. Elle consiste à continuer de relier sa vie à Jésus-Christ lorsque les circonstances n’offrent aucune solution proche.

La Voix des Martyrs présente Richard comme un témoin qui continua à parler de Jésus malgré l’emprisonnement. Elle situe le centre de son témoignage dans cette persévérance : non dans le pouvoir de maîtriser ses persécuteurs, mais dans une fidélité qu’ils ne réussirent pas à supprimer. Mémoire des fondateurs.

Une porte ouverte, un avertissement et une autre arrestation

La première libération arriva en 1956. La Wurmbrand Foundation précise qu’il reçut l’ordre de cesser de prêcher. Richard reprit néanmoins son ministère. Nous ne connaissons pas toutes les conversations qui accompagnèrent cette décision et nous n’avons pas besoin de les inventer. Nous en connaissons la conséquence historique : en 1959, il fut arrêté de nouveau. La liberté retrouvée n’avait pas clos le conflit. Chronologie de la fondation.

Ce second emprisonnement empêche de lire sa vie comme un escalier où chaque degré de foi produirait immédiatement davantage de bien-être. Il était sorti ; il rentra. Il avait retrouvé une partie de sa vie ; il la perdit encore. Si nous cherchons une formule pour que rien de mauvais ne nous arrive plus jamais, cette histoire ne nous la propose pas.

Sabina connut elle aussi la prison. Le Mémorial de Sighet situe son arrestation en 1951 et mentionne trois années d’emprisonnement suivies d’une assignation à résidence. La persécution atteignit une famille, pas seulement un prédicateur. Il faut s’en souvenir lorsque nous prononçons le mot courage : il inclut souvent ceux qui attendent, soutiennent et souffrent hors de la lumière du récit. Registre du Mémorial.

Sortir n’était pas oublier

Richard fut de nouveau libéré en 1964. En décembre 1965, la famille quitta la Roumanie après des négociations qui rendirent son départ possible. L’année suivante, le 6 mai 1966, il comparut devant une commission du Sénat américain pour témoigner du traitement des prisonniers politiques. Le Mémorial de Sighet conserve ces dates et situe la fondation de La Voix des Martyrs en 1967. De la libération au témoignage public.

Il existait une différence décisive entre quitter la prison et abandonner les prisonniers. Wurmbrand fit de cette différence une responsabilité. L’organisation qu’il fonda rappelle qu’il consacra la suite de sa vie à faire connaître la situation des chrétiens persécutés et à mobiliser de l’aide. L’expérience ne prit pas fin lorsqu’il retrouva la possibilité de voyager : elle devint une responsabilité envers autrui. Le travail après la prison.

L’homme que l’on avait voulu réduire au silence parla de nouveau. Non parce que les années perdues pouvaient lui être rendues, ni parce que les blessures ne comptaient plus. Il parla pour que d’autres noms ne disparaissent pas derrière d’autres murs. Voilà le dénouement que nous pouvons affirmer sans l’embellir : un survivant employa sa liberté à se souvenir de ceux qui en étaient privés.

Pour notre vie : une espérance qui ne nie pas les blessures

Le passage qui ouvre cette histoire ne promet pas que le croyant ne sera jamais persécuté. Il dit quelque chose de plus difficile à comprendre et de plus profond à porter : la persécution ne signifie pas l’abandon de Dieu. Paul n’efface pas l’affliction ; il la place auprès d’une espérance qui ne dépend pas uniquement de la fin du danger aujourd’hui.

Je vous ai dit ces choses, afin qu'en moi vous ayez la paix. Dans le monde vous aurez des tribulations ; mais prenez courage ! J'ai vaincu le monde. »Jean 16:33 · SBL

Notre situation ne ressemble peut-être en rien à une prison politique. Nous n’avons pas besoin de nous comparer à Wurmbrand pour nous laisser interpeller. Nous pouvons nous demander ce que nous faisons de notre liberté : si nous nous souvenons de celui qui souffre, si nous écoutons avant de conseiller, si notre prière devient présence plutôt que de finir dans l’indifférence.

La confiance en Jésus-Christ ne nous oblige pas à appeler bon l’abus. Nous pouvons le dénoncer, chercher protection, demander de l’aide et agir pour qu’il cesse. Elle ne nous oblige pas non plus à prétendre qu’une blessure ne fait pas mal. L’espérance chrétienne n’est pas l’ordre de sourire pendant qu’on nous blesse ; elle invite à ne pas laisser au mal le dernier mot sur notre dignité et notre avenir.

Dans cette histoire, le secours allait au-delà de la sortie physique de la cellule : la foi de Richard continua à orienter sa vie vers le Christ et le prochain. C’est une lecture chrétienne de son témoignage, non l’affirmation que chaque prisonnier sera libéré ou que celui qui meurt aurait eu moins de foi.

Au terme de ces lignes demeure une image qui n’a pas besoin d’être inventée : un homme qui aurait pu se taire après tant d’années choisit de parler pour les autres. La porte s’ouvrit. Il n’utilisa pas cette ouverture pour tourner le dos à ceux qui restaient à l’intérieur.

Sources et contexte

Le récit ne contient ni dialogues ni pensées intimes inventés. Les versets et la réflexion finale sont une application éditoriale, et non des paroles attribuées au protagoniste.

Que Dieu continue de vous bénir et que vous passiez une excellente journée en Jésus-Christ !
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